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Des travaux sans danger


Comment ne pas contaminer l’air lors d’une intervention d’urgence ?

Il existe un risque élevé de libérer des substances nocives à la santé en cas d’intervention d’urgence liée à un dégât d’eau. La régie Grange & Cie, la société ENGY Solutions immobilières et Martin Sanitaires SA MSSA (en particulier son département d’urgence RED) ont réuni leurs forces pour développer un protocole d’action qui protège habitants, ouvriers et propriétaires. La méthodologie a été testée in situ dans un appartement diagnostiqué comme présentant de l’amiante. 

Les problèmes d’amiante ne sont pas nouveaux et les entreprises doivent y faire face en s’équipant de manière optimale pour répondre aux normes cantonales et fédérales. Les propriétaires et les régies restent cependant les principaux responsables des dangers potentiels générés par la présence d’amiante dans les bâtiments. Pour rappel, tous les bâtiments construits avant 1991 sont susceptibles de contenir des matériaux amiantés ; ce polluant présente essentiellement des risques lorsqu’il est manipulé. Lors de chantiers, qu’il s’agisse de rénovation, transformation ou démolition, des mesures sont à déployer impérativement (diagnostic, prélèvements, analyse et rapport, éventuel assainissement, mesure de l’air).

Mais qu’en est-il lors de travaux sanitaires d’urgence, tels que dégâts d’eau ? Comment faire face à une éventuelle libération de fibres amiantées dans l’air ambiant ? Pour des raisons purement techniques, ces questions ont longtemps été écartées : lors d‘un dégât d’eau (fuites, inondations, etc.), la priorité est avant tout portée sur la réparation. Depuis peu, un groupe de travail s’est constitué au sein de l’USPI (regroupant les représentants des régies) et a mis le doigt sur cette problématique ; des solutions ont pu être esquissées. Ces dernières – telles que confinements – sont complexes et difficiles à mettre en œuvre. De plus, la dimension psychologique de telles interventions n’est pas négligeable, les usagers se trouvant « déstabilisés » par la présence possible d’amiante dans leur logement. La régie Grange & Cie, la société ENGY Solutions immobilières et le département d’urgence de Martin Sanitaires SA RED – respectivement sous la houlette de Béatrice Grange, Christophe Gallier et Christian Chalut – ont testé diverses techniques et procédés, afin de déterminer la solution la plus adéquate.


Procédure fiable et non invasive

Pour arrêter ou localiser une fuite, les ouvriers doivent pouvoir accéder aux courettes techniques, généralement recouvertes de faïence ou de carrelages et susceptibles de contenir de l’amiante. En intervenant, les entreprises sanitaires risquent d’exposer inutilement les occupants et les employés. Que faire ?

Le pool de partenaires a réalisé un test grandeur nature, en présence de Samuel Martignier, adjoint scientifique au Service de l’air, du bruit et des rayonnements non ionisants (SABRA). L’intervention se déroule dans la salle de bain au 1er étage d’un appartement (duplex) diagnostiqué positif à l’amiante (présence de colles de carrelage, plinthes et faïences). Une première solution est déployée ; un caisson de confinement mobile est apporté sur les lieux et placé contre le mur de la courette. Les difficultés apparaissent rapidement : transport difficile pour un sanitaire seul, fixation de l’élément impossible étant donné la largeur insuffisante du mur, et enfin, espace à disposition ne permettant pas la manipulation correcte des outils.

Une seconde méthodologie est ensuite testée ; elle privilégie un process bien spécifique intégrant entre autres l’utilisation du surfactant en gel. Cette approche présente plusieurs avantages. Le transport du matériel est aisé et son positionnement sur le mur de la courette est simple, car il suffit d’ôter le film de protection de sa surface pour le coller à l’endroit souhaité. La manipulation du perforateur permettant d’introduire une caméra miniature est également rendue possible. Les intervenants revêtent leur équipement de protection, détectent la fuite à l’aide de la caméra, ouvrent la courette en brisant un carreau de faïence et accèdent à la conduite endommagée, avant de procéder à la réparation provisoire. Des prélèvements de matériaux sont effectués et seront ensuite envoyés pour analyse à un laboratoire indépendant.

Durant l’intervention, l’équipe sanitaire prend toutes les précautions pour ne pas libérer d’éventuelles fibres d’amiante dans l’air ambiant. Une fois les travaux terminés, des mesures sont réalisées pour s’assurer que les lieux n’ont pas été contaminés. Toutes les phases du processus sont réalisées par les employés sanitaires, minutieusement formés selon les directives en vigueur. Ne faisant intervenir qu’un seul corps de métier – à savoir le sanitaire – les coûts se trouvent passablement réduits. Si les échantillons prélevés sont positifs, ce qui était le cas lors de la simulation, l’intervention d’une entreprise de désamiantage en coordination avec l’entreprise sanitaire s’avère nécessaire. Si les résultats sont négatifs, les travaux sanitaires peuvent se poursuivre.


Protocole retenu

Cette seconde approche, qui assure la sécurité des occupants et des intervenants, a fait l’objet d’un rapport détaillé transmis au groupe de travail de l’USPI et au SABRA, qui se chargera dans un second temps de valider la démarche auprès de la SUVA. Suite à cet essai, la régie Grange & Cie a identifié tous les bâtiments antérieurs à 1991 dont elle a la gestion. Cette liste a été transmise à Martin Sanitaires SA afin de s’assurer qu’en cas d’urgence signalée pour ces biens immobiliers (qui présentent un risque potentiel d’amiante), le protocole décrit précédemment soit systématiquement mis en œuvre. Sur la base des échantillons fournis, le laboratoire d’analyse remet dans les 24 heures un rapport complet ; il contient des informations relatives à l’intervention d’urgence, la présence ou non d’amiante et les mesures à prendre en fonction des travaux concernés.

Toutes les régies de la place, en tant que représentantes des propriétaires, sont amenées à prendre les précautions nécessaires pour éviter une exposition à des polluants hautement nocifs à la santé, qui pourraient par ailleurs avoir aussi des conséquences financières importantes pour le propriétaire. Grange & Cie a déjà fait le pas, notamment par l’implication de son gérant Franck Messina qui a largement investi en temps et en énergie dans la démarche. Un signe des valeurs défendues par cette régie, à savoir le respect de l’environnement, la sécurité des entreprises partenaires, et le respect des propriétaires et des locataires.

Véronique Stein

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